Droits TV, marketing, gouvernance : la Bundesliga féminine veut tout gérer

La Women’s Bundesliga FBL e.V. n’est plus un projet. Depuis décembre 2025, les 14 clubs de l’élite du football féminin allemand ont officiellement créé une structure autonome vis-à-vis de la Fédération allemande (DFB), incarnée par une présidente, un comité exécutif et un plan stratégique ambitieux.
Ce mouvement, inédit dans l’histoire du sport féminin en Allemagne, marque une réappropriation du pouvoir économique par les clubs, déterminés à faire du football féminin un produit à part entière.

La Frauen-Bundesliga FBL e.V. est née

Une fondation officielle et un comité élu

Le 10 décembre 2025, au Deutsche Bank Park de Francfort, les 14 clubs de première division féminine ont fondé la Women’s Bundesliga FBL e.V.

Cette structure, à laquelle la DFB ne participe pas directement, est dirigée par un comité exécutif : Katharina Kiel (présidente, Eintracht Francfort), Veronika Saß (1re vice-présidente, Bayern Munich) et Florian Zeutschler (2e vice-président, SGS Essen).
Leur mission est de représenter les clubs dans les discussions avec la DFB et poursuivre le travail engagé vers une gouvernance commerciale dédiée, incluant la création d’une future FBL GmbH si un accord est trouvé.

Les 14 clubs unis derrière une vision entrepreneuriale

Les 14 clubs affichent une unité remarquable, revendiquant une vision commune : bâtir une ligue féminine professionnelle, moderne et compétitive.

La FBL e.V. est présentée comme un organe de représentation indépendant, à l’esprit entrepreneurial.
Elle a pour ambition de piloter les droits TV, le marketing et la professionnalisation globale de la ligue (infrastructures, formation, digital, etc.), si les conditions juridiques et contractuelles le permettent.

Un bras de fer sous haute tension avec la DFB

Une indépendance sans sécession

Pour la saison 2025‑26, rien n’indique que l’organisation sportive ait changé : la DFB continue d’assurer le cadre réglementaire (calendrier, licences, arbitrage), tandis que la FBL e.V. se structure comme organe politique.
Il n’y a pas de sanctions officielles ni de rupture sportive, ce qui confirme une phase de transition et un dialogue encore ouvert.

Qui tient le pouvoir ?

Les clubs ne remettent pas en cause le rôle de la DFB comme autorité sportive (sanctions, arbitrage, licences UEFA) : ce qu’ils contestent, c’est son contrôle sur la stratégie commerciale.
Si la DFB propose une FBL GmbH en co-gouvernance, les clubs veulent un modèle proche de la DFL masculine, avec un contrôle décisif sur les recettes et les orientations stratégiques, sans dépendre du bon vouloir de la DFB.

L’Allemagne s’inscrit dans une dynamique internationale

Les autres ligues ont montré la voie

L’Angleterre, avec la WSL gérée par la Women’s Professional Leagues Ltd (WPLL), ou encore les États-Unis avec la NWSL et l’Espagne avec la Liga F, ont déjà amorcé une gouvernance indépendante. Ces modèles servent de référence aux clubs allemands.

Chaque modèle a ses tensions

Si la FA a accompagné la transition anglaise avec un prêt de 20 M£ de la Premier League, la Liga F espagnole reste marquée par les conflits avec la RFEF.
L’Allemagne tente de trouver un équilibre, en affirmant son autonomie sans créer de rupture totale.

Pourquoi les clubs veulent reprendre la main

Le foot féminin comme actif économique

Les clubs veulent transformer la ligue en actif valorisable, susceptible d’intéresser à terme des investisseurs comme CVC ou Sixth Street, qui privilégient les structures commerciales de ligue plutôt que les fédérations à but non lucratif.

Une agilité décisionnelle et marketing autonome

La FBL e.V. permettrait aux clubs de décider rapidement de leur stratégie marketing, commerciale ou digitale, sans passer par la bureaucratie lourde de la DFB.

La vente séparée des droits TV comme levier

Les clubs souhaitent pouvoir "débundler" les droits TV du football féminin. La WSL en Angleterre a déjà montré que cette stratégie peut entraîner une forte augmentation des revenus.

Et maintenant ?

La saison 2025‑26 comme phase de transition

La FBL e.V. agit aujourd’hui comme organe politique et de préfiguration. La DFB conserve l’organisation sportive, pendant que les clubs affinent leur modèle de ligue.

Le vrai basculement à horizon 2026

La saison 2026‑27 est envisagée comme le moment d’activation d’une société commerciale (FBL GmbH), sous réserve d’un accord formel avec la DFB. Rien n’est encore acté publiquement, mais les bases sont posées.

La création de la FBL e.V. incarne une nouvelle ère du football féminin allemand : celle d’une gouvernance assumée par les clubs, structurée, et orientée vers la croissance.
Si la DFB souhaite rester un acteur légitime dans ce processus, elle devra accepter de ne plus tout décider.
Pour les clubs, l’objectif est clair : piloter eux-mêmes le futur du football féminin allemand, avec ambition et lucidité.